Interview Luckas Vander Taelen

Il a plusieurs cordes à son arc – son CV mentionne des rôles de journaliste, chanteur, écrivain et homme politique – mais surtout Luckas Vander Taelen (63 ans) est principalement Bruxellois. Un Bruxellois avec des avis tranchés. Cet Alostois d’origine a énormément à dire sur les charmes et les défauts de notre capitale. « Il faut oser, plus souvent, sortir des sentiers battus », c’est son leitmotiv. 

Qu'est-ce qui vous a manqué ces derniers mois ?

« Je suis quelqu'un qui aime travailler et vivre dans un café, surtout au Mokafé, situé au centre. En temps normal, j’aurais choisi ce lieu pour une interview comme celle-ci, mais malheureusement ce n’est pas encore possible » (NB : l’interview a été réalisée avant les assouplissements pour l’horeca).

« En réalité, je ne suis pas hypersocial, donc la crise du coronavirus en elle-même n'a pas eu, pour moi, un impact énorme. »

Récemment, il y a eu une polémique sur Twitter avec un ministre qui a affirmé que « la métropole ne devrait s'adapter à personne » en réponse à quelqu'un qui se plaignait de ne pas pouvoir être aidé en néerlandais à la suite d’un accident de la circulation.

« Stratégiquement, j'ai trouvé cela totalement incompréhensible de la part du ministre Gatz. Je le connais bien et j'ai beaucoup de respect pour lui, mais ici il a commis une erreur. En tant que politicien, il devrait réfléchir à deux fois avant de s’exprimer à ce sujet. Si vous faites une telle déclaration, vous donnez des arguments à la Périphérie flamande pour utiliser le même principe. Ils pourront alors dire : ‘C'est comme ça, nous n'avons pas à nous adapter et donc nous n’avons plus à fournir des facilités’. »

 

Pensez-vous que le Bruxellois néerlandophone est une race en voie de disparition ?

« Le Bruxellois néerlandophone est en tout cas un étrange spécimen. Bruxelles est une ville de ‘zinnnekes’. Presque tous les Néerlandophones que je connais à Bruxelles font partie de familles linguistiques mixtes. Ce multilinguisme a toujours été un fait bruxellois, mais ce brassage ne conduit plus seulement à la francisation. J'avais une voisine avec qui je parlais français par habitude, parce que c'était la lingua franca du coin. Jusqu'à ce qu'à un certain moment, lors d'une fête de quartier, elle s’adresse à moi dans un flamand de Flandre occidentale. En fait, elle et ses enfants étaient totalement francisés. Maintenant, tout le monde considère qu'il est normal que les langues des parents soient parlées dans une famille linguistique mixte. C'est la réalité d'aujourd'hui. Et donc le Flamand néerlandophone n'est plus la seule personne que l'on retrouve dans les centres communautaires, il y a une nouvelle génération qui grandit dans la Bruxelles cosmopolite. »

« Mais en même temps, il ne faut pas oublier que Bruxelles fait partie d'une structure institutionnelle. Les Francophones n'ont jamais pris les lois linguistiques très au sérieux, mais ils ne comprennent pas que Bruxelles n'est plus une ville francophone. C'est une ville dans laquelle on utilise le français comme lingua franca, mais en soi Bruxelles est surtout une ville de minorités. Si vous frappez à toutes les portes bruxelloises, vous trouverez très peu de familles purement unilingues. »

 

Vous avez déjà écrit plusieurs livres sur notre capitale, dont le plus récent a été publié en 2019. Supposons qu'une version mise à jour ou une deuxième édition soit publiée aujourd'hui, quelles modifications y apporteriez-vous ?

« Peut-être que j’utiliserais un ton nettement plus ferme par rapport à la nécessaire restructuration de Bruxelles. La ville n'est plus un ensemble de 19 communes, mais est devenue une véritable métropole. Je pense que le blocage institutionnel de Bruxelles est le plus grand drame, avec une région trop faible et trop de communes voulant préserver leur autonomie. »

« Oublions l'idée de fusionner les 19 communes, mais faisons de Bruxelles un grand ensemble composé

d’environ 25 districts. Et chacun de ceux-ci délègue alors deux personnes à un parlement régional, comme cela se fait à Paris par exemple, avec une personne de référence à sa tête (maire ou bourgmestre). Cette hiérarchisation est nécessaire. Les CPAS et les zones de police doivent également être substantiellement réorganisés ou fusionnés. Mais malheureusement, nous souffrons aussi de la maladie belge, avec trop de niveaux de pouvoir. Et en plus, à peu près lors de chaque tentative d'une meilleure organisation de la Région, les Francophones y voient une attaque des Flamands contre l'autonomie de Bruxelles. »

 

Au printemps dernier, le Bois de la Cambre a souvent été à la une de l’actualité. Est-ce le jardin dont beaucoup de Bruxellois ont besoin ?

« Oui, absolument. Le Bois de la Cambre devrait devenir un propriété régionale, car tous les Bruxellois y viennent. Tous les parcs sont bondés, il est donc logique que vous vous rendiez au Bois de la Cambre pour trouver de l’air et des espaces verts. Faisons donc en sorte de rendre ce parc régional et introduisons des services de navette depuis d'autres communes, et alors tout le monde sera content (rires). Nous devons oser sortir des sentiers battus de cette manière plus souvent. C'est aussi un problème typique : Bruxelles ne veut pas exceller. Les gens se contentent vite de ce qu’ils ont, sans plus. »

Vous avez déjà écrit plusieurs livres sur notre capitale, dont le plus récent a été publié en 2019. Supposons qu'une version mise à jour ou une deuxième édition soit publiée aujourd'hui, quelles modifications y apporteriez-vous ?

« Peut-être que j’utiliserais un ton nettement plus ferme par rapport à la nécessaire restructuration de Bruxelles. La ville n'est plus un ensemble de 19 communes, mais est devenue une véritable métropole. Je pense que le blocage institutionnel de Bruxelles est le plus grand drame, avec une région trop faible et trop de communes voulant préserver leur autonomie. »

 

« Oublions l'idée de fusionner les 19 communes, mais faisons de Bruxelles un grand ensemble composé d’environ 25 districts. Et chacun de ceux-ci délègue alors deux personnes à un parlement régional, comme cela se fait à Paris par exemple, avec une personne de référence à sa tête (maire ou bourgmestre). Cette hiérarchisation est nécessaire. Les CPAS et les zones de police doivent également être substantiellement réorganisés ou fusionnés. Mais malheureusement, nous souffrons aussi de la maladie belge, avec trop de niveaux de pouvoir. Et en plus, à peu près lors de chaque tentative d'une meilleure organisation de la Région, les Francophones y voient une attaque des Flamands contre l'autonomie de Bruxelles. »

 

Au printemps dernier, le Bois de la Cambre a souvent été à la une de l’actualité. Est-ce le jardin dont beaucoup de Bruxellois ont besoin ?

« Oui, absolument. Le Bois de la Cambre devrait devenir un propriété régionale, car tous les Bruxellois y viennent. Tous les parcs sont bondés, il est donc logique que vous vous rendiez au Bois de la Cambre pour trouver de l’air et des espaces verts. Faisons donc en sorte de rendre ce parc régional et introduisons des services de navette depuis d'autres communes, et alors tout le monde sera content (rires). Nous devons oser sortir des sentiers battus de cette manière plus souvent. C'est aussi un problème typique : Bruxelles ne veut pas exceller. Les gens se contentent vite de ce qu’ils ont, sans plus. »